La Dominique et ses quelques instants magiques. Arrivé en stop à Roseau, au sud de l’île, je cours les rues à la recherche d’un bus. Arrivé dans la bonne impasse, tous les chauffeurs m’alpaguent ; je n’ais que l’embarras du choix. Je me décide pour le premier venu, encore vide. J’installe mon sac, et j’ouvre un livre en prenant patience.

Ici les bus ne partent pas à vide, en respectant un timing toujours plus serré ; ils attendent d’être plein, et chacun patiente en conversant. Après quelques instants, un homme monte dans le bus, s’installe au font. Puis devant la porte, une grand mère attend, immobile. Sa peau noire tranchait avec une grande robe blanche ; elle portait un chapeau des plus élégant. L’ensemble de sa tenue était d’une coquetterie sans pareil. Elle me voit et m’offre un merveilleux sourire, illuminant d’un coup toutes les rides de son visage.

Il est touchant de voir de si belles personnes, toujours aussi rayonnantes à plus de quatre vingts ans. Je l’aide à monter, à s’installer, elle me sourit toujours. Je reprends ma place, mon livre ; le minibus continue de se remplir. Une fois tout le monde bien rangé et comprimé à souhait, le chauffeur démarre. Il fait le plein d’essence un peu plus loin.

Une petite voix se fait entendre depuis le fond du bus ; c’est ma jolie grand mère qui s’inquiète d’avoir oublié d’acheter du riz pendant ses courses. Un jeune homme, bandeau rouge fiché sur le crane, des allures de chef de cartel, surexcité par sans doute quelques lignes de cocaïne se propose de les lui acheter. Le bus s’arrête à la première supérette, l’homme descends, puis reviens quelques dix minutes plus tard ; un gros paquet de riz à la main, et une bière dans l’autre. Il remonte, la grand mère le remercie, lui tend de l’argent ; il refuse. Le bus repart.

Un peu plus loin, un petit garage auto. Le chauffeur à besoin d’acheter de l’huile et un joint pour le moteur ; il s’arrête, s’en va acheter le nécessaire pendant que nous attendons tous bien sagement dans le véhicule, puis il revient. Entre temps l’homme au bandeau est descendu s’acheter une seconde bière dans un rade un peu plus loin. Nous l’attendons. Il revient. Nous repartons.

Sur le trajet, nous avons du faire une bonne demie douzaine de petits détours ou de haltes imprévues. Il pleut des corde. Le chauffeur prend soin de faire un détour supplémentaire pour déposer la grand mère au plus près de chez elle. Je l’aide à redescendre, elle me remercie. Nous repartons. La Dominique ; un rythme, un paysage, une ambiance…

La Dominique

S’il est encore quelques paradis sur terre, l’île de la Dominique compte sûrement parmi les plus magiques d’entre eux. À l’approche de l’île, nous soupçonnons déjà toutes les merveilles qu’elle abrite. Des massifs surplombent l’île, tout couvert d’une végétation luxuriante.

La baie de Portsmouth semble des plus accueillantes, et comme encore un heureux concours de circonstance, nous entrons dans la baie alors qu’arrive du sud « Pousse Rapière ». Nous allumons la VHF et saluons les copains que nous n’avions pas vu depuis un mois. Nous déposons nos ancres côte à côte, et convions un pêcheur qui nous à renseigné sur la nature des fonds à notre arrivée à boire un petit rhum à bord.

La soirée se poursuit à nous raconter chacun nos activités respectives pendant ces quelques dernières semaines. Dès le lendemain, nous partons chacun, par petits groupes, d’un côté ou d’un autre afin de faire la connaissance de cet Éden.

Pour ma part, ne profitant pas d’un créneaux de départ en annexe, je tire à terre à la nage, trainant derrière moi un sceau étanche avec un minimum d’affaires, et m’en vais au hasard des chemins. Porthsmouth est un petit village de pêcheurs plein de charme et de couleurs.

Très vite, on sort du centre, s’il en est un, puis des quelques baraquements qui s’étalent à peine sur les flans de colline pour retrouver une jungle, épaisse et insondable. Des iguanes se lézardent au soleil et filent à mon approche. Des vaches broutent paisiblement le long des routes, attachées par une longe à un arbre plus loin, et permettant sûrement de limiter un peu la course de la végétation sur le macadam. Quelques pique-bœufs leurs débarrassent le dos de quelques vermines. Des frégates, majestueuses tournoient au dessus, à haute altitude. Je m’enfonce dans le premier chemin de terre que je trouve, et poursuit jusqu’une rivière.

Émerveillé déjà par le tableau bucolique qui s’offre à moi depuis le pont, je décide de sortir du sentier pour longer ce cours d’eau. Sous la forêt, tout s’assombri; la chaleur étouffante du chemin se mue en une tiédeur agréable et reposante. Des manguiers, omniprésents dans les Caraïbes, ici baignent leurs racines tortueuses et démesurées dans le cours d’eau.

Un peu plus loin en amont, j’aperçois noyés dans la végétation les restes d’un moulin en pierre. Le temps semble s’être arrêté ; comme de gros insectes pris au piège d’immenses toiles d’araignées les restes de pierres sont enroulés dans combien de racines, de lianes, d’arbustes, de fougères…

Ici plus qu’ailleurs la nature règne en maître, et c’est à la fois rassurant et surprenant avec quelle aisance et quelle vitesse elle se réapproprie les lieux qu’elle nous a prêté autrefois. Quelques perroquets, endémiques de l’île, jacassent dans la canopée. On se rend compte que la forêt est bruyante, voir assourdissante quand la nuit tombe.

Nous sommes retourné quelques jours plus tard avec Max pour bivouaquer dans ce lieux magique et rapide d’accès. Arrivé sur place aux dernières lueurs, nous nous sommes dépêché de tendre nos hamacs, d’allumer un petit feu au bord de l’eau, et presque à la seconde près où le soleil se couche, toute la forêt se réveille dans un vacarme assourdissant qui dure jusqu’au matin. Les lucioles tournois par dizaines autour de nous, rendant le lieu presque féerique. Et malgré tout ce bruit, nous avons dormi du sommeil des justes.

Nous observons qu’en ces lieux, tout est équilibre, et nous faisons parti de cet équilibre. Malgré le cours d’eau qui bruisse à quelques mètres de nos hamacs, pas un moustique ne nous agressera. Parfois un scarabée ou une luciole nous tombent dessus du haut des branches, et nous tirent un léger sursaut dans notre sommeil, puis la forêt nous berce de nouveau.

Le plus grand danger ici serait de recevoir une noix de coco sur le sommet du crâne ; autant dire que les préoccupations ne sont pas les mêmes que dans nos vies métropolitaines.

Parmi les endroits à voir absolument en Dominique ; le Boelin Lake. Une randonnée sportive de six heures environ, que nous passons à gravir des marches interminables, à escalader des portions de cascades ou enjamber des fumeroles bouillonnantes. Situé au cœur du parc naturel du Sud de l’île, le Boelin Lake est un cratère volcanique. Nous randonnons donc au milieu de coulées de souffre, de crevasses remplis d’eau portées à ébullition, de fumées épaisses et corrosives… un décors quasi irréel.

Arrivé au Lac, l’ambiance est peu commune. Un épais brouillard se dissipe parfois l’espace de quelques instants pour laisser entrevoir le cratère rempli d’une eau turquoise ; au centre du lac, une énorme bulle de plusieurs mètres de diamètre jaillit à plus de quatre vingt degrés des entrailles de la terre.

Plus haut dans la rivière, des bassins naturels nous offrent les joies d’un sauna, niché entre deux falaises et couvert par les arbres ; il est difficile de poursuivre la randonnée quand on est à demi ensommeillé dans ces bassins. Étant parti un peu tard, et ayant trainé un peu dans les bassins et les ruisseaux, nous retrouvons le petit village du départ à la nuit tombée. Nous apprécions comme jamais une petite bière dans un rade minuscule au centre du minuscule village, et y trouvons miraculeusement un taxi-bus qui accepte de nous reconduire à Portsmouth, pour cent quarante Dollars EC, (soit environ cinquante euro).

La vie ici est sensiblement aussi cher qu’en France, mais les nombreux fruits et légumes que l’on trouve a acheter un peu partout sont autrement plus gouteux. Les ananas, les bananes, les goyaves, les pastèques, les citrons, pamplemousses, cocos, mangues etc. poussent ici en abondance et ont une saveur inégalable. Pour quelques services, les tarifs locaux-touristes diffèrent : par exemple quand nous payons neuf Dollars EC pour une heure et demie de taxi-bus, les locaux en payerons trois. Mais cela fait parti du jeu, et nous semble normal. En comparaison avec les tarifs de taxi en France, nous nous en tirons plutôt à bon compte. Il est agréable aussi de constater que le tourisme n’a pas corrompu ou dénaturé cette île. Dans les rues nous faisons figure d’exception ; le tourisme ici provient majoritairement des voiliers au mouillage, donc les quelques blancs que nous croisons sont marins, et s’adaptent plutôt bien à la vie locale. Les quelques autres débarquent des ferrys pour les randonnées et les grands espaces naturels, et adoptent une démarche respectueuse.
Si on pouvait relever toutefois un bémol à l’aspect paradisiaque de la Dominique, c’est comme dans la plupart des endroits visités ; la collecte des déchets. Celle ci pêche quelque peu dans son organisation, si bien que l’on retrouve le long des routes dégringolant dans les ravins, de nombreux gravats, déchets plastiques ménagés ou du bâtiments, etc. Dans les rues, par ci par là des amas de détritus sont brûlés en dégageant une fumée noire. Les sacs poubelles sont amoncelés aux bords des routes en attendant la collecte hebdomadaire qui semble être approximative, et finissent par être éparpillés par les chats ou les poules. Des pancartes sont disposées un peu partout, menaçant de cinq mille dollars d’amende et un mois d’emprisonnement quiconque serait pris à déposer ces déchets dans la nature ; mais visiblement cette menace ne réfrène pas grand monde. Pour ce qui est des bouteilles en verre, les Dominicains ont l’intelligence de les consigner ; ce qui permet de limiter considérablement le nombre de bout de verre sur les plages et les trottoirs. Le sable, sans doute à cause des courants, est relativement propre. Nous nous souvenons des rivages Cap Verdiens jonchés de bidons, de filets, de canettes, de bouteilles plastiques, et surtout, plus nombreux que n’importe quel autre déchet ; de Tongues. Ces chaussures de plages, si pratique soient elles, semblent s’envoler ou se laisser emporter par les vagues avec une facilité déconcertante.

Après une bonne semaine passée en Dominique, nous songeons hélas à la quitter pour la Martinique où la Guadeloupe, où il devient urgent que nous trouvions un peu de travail pour renflouer notre caisse de bord.

Nous nous promettons pourtant d’y revenir avant de quitter les Caraïbes afin d’y découvrir encore d’autres merveilles, et pourquoi pas traverser l’île sur une dizaine de jours, avec sac à dos et hamacs.


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